Les deux consolés

En rangeant mon bureau, hier (phénomène très exceptionnel, je précise…😂) il m’a été donné de retrouver un texte que je garde depuis bien des années, volant de déménagement en déménagement, sans vraiment l’avoir jamais rangé.

Le « hasard » a fait qu’il se retrouva dans mes mains hier matin, ça m’a tellement étonné de le trouver là que j’ai pris un instant pour m’asseoir, le relire et m’en imprégner à nouveau…

Cette nuit, j’ai pensé avoir saisi le pourquoi de ce hasard… une personne que j’apprécie beaucoup se trouve dans la peine et je peux le lui partager. Voilà tout…

Mais ce matin, je compris encore mieux ce « hasard heureux », une deuxieme personne, que j’aime d’un amour profond, venait de se voir endeuillée.

La serendipité, quelle merveille…

Voici ce texte, vous en souhaitant bonne lecture… et beaucoup de réconfort, à tous ceux qui se retrouveront dans celui-ci.

LES DEUX CONSOLÉS
(1756)

Le grand philosophe Citophile disait un jour à une femme désolée, et qui avait juste sujet de l’être : « Madame, la reine d’Angleterre, fille du grand Henri IV, a été aussi malheureuse que vous : on la chassa de ses royaumes ; elle fut près de périr sur l’Océan par les tempêtes ; elle vit mourir son royal époux sur l’échafaud.

— J’en suis fâchée pour elle, dit la dame ; » et elle se mit à pleurer ses propres infortunes.

« Mais, dit Citophile, souvenez-vous de Marie Stuart : elle aimait fort honnêtement un brave musicien qui avait une très-belle basse-taille. Son mari tua son musicien à ses yeux ; et ensuite sa bonne amie et sa bonne parente, la reine Élisabeth, qui se disait pucelle, lui fit couper le cou sur un échafaud tendu de noir, après l’avoir tenue en prison dix-huit années.

— Cela est fort cruel, répondit la dame ; » et elle se replongea dans sa mélancolie.

« Vous avez peut-être entendu parler, dit le consolateur, de la belle Jeanne de Naples, qui fut prise et étranglée ?

— Je m’en souviens confusément, » dit l’affligée.

« Il faut que je vous conte, ajouta l’autre, l’aventure d’une souveraine qui fut détrônée de mon temps après souper, et qui est morte dans une île déserte.

— Je sais toute cette histoire, » répondit la dame.

« Eh bien donc, je vais vous apprendre ce qui est arrivé à une autre grande princesse à qui j’ai montré la philosophie. Elle avait un amant, comme en ont toutes les grandes et belles princesses. Son père entra dans sa chambre, et surprit l’amant, qui avait le visage tout en feu et l’œil étincelant comme une escarboucle ; la dame aussi avait le teint fort animé. Le visage du jeune homme déplut tellement au père qu’il lui appliqua le plus énorme soufflet qu’on eût jamais donné dans sa province. L’amant prit une paire de pincettes et cassa la tête au beau-père, qui guérit à peine, et qui porte encore la cicatrice de cette blessure. L’amante, éperdue, sauta par la fenêtre et se démit le pied ; de manière qu’aujourd’hui elle boite visiblement, quoique d’ailleurs elle ait la taille admirable. L’amant fut condamné à la mort pour avoir cassé la tête à un très-grand prince. Vous pouvez juger de l’état où était la princesse quand on menait pendre l’amant. Je l’ai vue longtemps lorsqu’elle était en prison ; elle ne me parlait jamais que de ses malheurs.

— Pourquoi ne voulez-vous donc pas que je songe aux miens ? lui dit la dame.

— C’est, dit le philosophe, parce qu’il n’y faut pas songer, et que, tant de grandes dames ayant été si infortunées, il vous sied mal de vous désespérer. Songez à Hécube, songez à Niobé.

— Ah ! dit la dame, si j’avais vécu de leur temps, ou de celui de tant de belles princesses, et si pour les consoler vous leur aviez conté mes malheurs, pensez-vous qu’elles vous eussent écouté ? »

Le lendemain, le philosophe perdit son fils unique, et fut sur le point d’en mourir de douleur. La dame fit dresser une liste de tous les rois qui avaient perdu leurs enfants, et la porta au philosophe ; il la lut, la trouva fort exacte, et n’en pleura pas moins. Trois mois après il se revirent, et furent étonnés de se retrouver d’une humeur très-gaie. Ils firent ériger une belle statue au Temps, avec cette inscription :

À CELUI QUI CONSOLE.
Voltaire
À vous mes amis et amours qui vous trouvez dans la tourmente…
Avec tout mon amour
Clem ❤
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12 réflexions sur “Les deux consolés

    • J’ai pensé qu’au final, il était plus adequat de le partager publiquement.
      Il est trop peu connu, je trouve.
      Je t’embrasse Marie
      Prends bien soin de toi ❤
      Bisous
      Clem

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  1. Mince, je pensais que les rois et les reines vivaient « super peinard » et qu’ils n’avaient qu’une chose à faire, dépenser leur fortune! 🙄

    (J’ai lu ta dernière phrase Clem. Pleurer, tout dire, et être entendu pour notre souffrance, ce qui ni l’un ni l’autre n’a fait (ni la dame, ni le philosophe) et que notre souffrance soit prise en considération comme était TRES TRES ENORME ET IMPORTANTE, même si par rapport à la situation d’un autre, notre propre situation est « moins pénible », est à mes yeux plus rapide et plus complet que le temps. Garder notre souffrance, c’est souvent avoir un caillou dans notre chaussure. Au début, cela fait saigner notre pied. Puis, une peau toujours plus épaisse pousse. Nous sentons moins le caillou. Notre corps a appris à faire avec. Mais il est toujours là.

    Hurler notre souffrance, le jour où elle arrive fait que le lendemain, elle n’est plus là. Si 2 mois plus tard, une autre souffrance arrive, elle n’est pas un deuxième caillou à coté du premier…

    Qui entend notre souffrance? Qui l’entend ENTIEREMENT et la prend en compte, avec la même importance qu’elle a pour nous? De mon coté, j’ai trouvé. Je sais qui est capable de m’écouter, le jour, la nuit. D’entendre mes colères, mes cris … et même mes silences. Et qui se réjouis tout au tant de me voir rire et sourire! Du moment présent. Sans le soucie de l’avenir et sans le poids du passé ….

    Aimé par 1 personne

    • En periode « noires » il est important de laisser passer ce temps de deuil, de remise en question… en évitant de trop ruminer.
      La paix revient apres un temps plus ou moins long selon les personnes et la nature du stimulus.
      La seule reponse valable, pour moi, est de se recentrer… de respirer et de penser au présent pour mieux ouvrir la voie au futur.
      Un soucis, quel qu’il soit, peut etre dissolu par la seule volonté de celui qui le porte, simplement en respirant, en se reconnectant à « la source »
      Il faut juste un peu de temps.
      Mais cela n’engage que moi. C’est ce que j’ai pu experimenter a plusieurs reprises avec mes eleves.
      😊
      Passe une bonne nuit
      Bises 😚😚
      Clementine

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  2. Que faisons-nous passer en premier dans nos vies? Pouvons-nous TOUT arrêter devant la souffrance de l’autre, et quelques minutes, quelques secondes, n’être là que pour prendre connaissance du drame de l’autre. Parfois un regard appuyé suffit. L’autre sait que nous l’avons entendu. Ou le contraire…

    Pouvons-nous *consolé » sans personne d’autres? Comme nous n’avons pas pu DIRE, nous n’avons pas la capacité d’écouter. Si, en se rapportant à nous-même… je comprends toi car MOI…

    Salomée écrivait (Jacques Salomée dans « parle-moi, j’ai des choses à te dire » déjà le titre du livre dit tout ou presque) donc il écrivait; dans « je t’aime », il y a JE en premier. Nous devrions dire « TU ES aimé de moi » ………..

    Aimé par 1 personne

    • L’important est la volonté profonde que nous mettons dans l’interaction.
      Seul cela touche l’ame…
      Le reste fait son chemin au niveau de l’ego je pense. Parole, geste, silence… tout est soumis à l’analyse de ce dernier.
      Alors, l’important est seulement le coeur qui est mis dans l’action.
      Sans a priori
      En amour, simplement
      En acceptant que l’autre puisse reagir comme bon lui semble.
      Sans jugement
      Respirer et accepter l’autre de tout son etre. En evitant, bien entendu, de se charger de sa blessure.
      Si cette epreuve lui a ete donne, c’est toujours pour une bonne raison, malheureusement.
      La décision vient de plus haut, nous n’avons pas toutes les clés.

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